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Peltre en l'an 1000

Catégorie(s) : Le mag'

Un chantier de fouilles archéologiques a été mené à Peltre cet automne sur le site de la ferme Ravinel,attesté comme le centre historique du village. Les vestiges d'habitat et funéraires mis au jour révèlent des éléments sur la vie locale au Xe siècle.

La construction de la ferme dite de Ravinel remonte au XVIIIe siècle. Une aile de cette ferme a encore été utilisée comme annexe du camp du Struthof en 1943, soixante prisonniers politiques y ont été enfermés.

Les fouilles sous le niveau de l'ancienne ferme ont cependant révélé une activité bien antérieure : «  Les datations radiocarbones sur un os humain établissent une date entre 900 et 1000, relate Simon Sedlbauer, archéologue au Pôle d'archéologie préventive de Metz Métropole. Cela correspond bien aux premières mentions de Peltre dans les archives à la même époque, sous le nom de Crispianicum. »

Architecture et alimentation

Des trous laissés par d'anciens poteaux, reconnaissables à leur fond noirci par la pourriture du bois, ont permis aux spécialistes d'établir des plans d'habitations et de parler architecture. « Les poteaux ancrés profondément peuvent être le signe d'édifices volumineux », pronostique l'archéologue, qui commente également des fosses d'extraction de sédiments trouvées à proximité des trous de poteaux. « De l'argile et du limon y ont été prélevés. Mélangés à de la paille, ces matériaux servaient à faire du torchis. Ensuite les trous étaient laissés ouverts au sein de l'habitat et étaient utilisés comme dépotoirs. »

Dans ces "poubelles" ont été jetés des poteries, des restes alimentaires ou encore des purges de foyer, qui forment autant d'éléments riches d'enseignement pour les chercheurs. Les céramiques éclairent par exemple sur le mode de cuisson des aliments, dont la nature est précisée par des graines carbonisées et des ossements d'animaux. Au-delà des pratiques alimentaires, ces animaux signalent également la présence éventuelle de bétail, témoin des ressources économiques du site.

Activités artisanales

Simon Sedlbauer désigne une sorte de grande mare de forme allongée, révélée par les fouilles et qui traverse tout le site : « À première vue ce grand fossé semble contemporain des habitations. Il a certainement été creusé pour drainer l'eau du sous-sol et s'est envasé plus tard. La rue de la Source est parallèle au terrain, rappelle-t-il, ici les eaux arrivent de partout. »

Des pollens, bien conservés dans les sédiments gorgés d'eau, constituent de précieux marqueurs de l'environnement : « des zones fraîchement défrichées, des prés, peut-être des cultures de céréales ? » s'interroge le spécialiste. Les points d'eau pourraient également avoir été mis à profit pour l'activité des artisans… Était-ce le cas ici ? Est-on face à un phénomène naturel exploité par l'homme ou plutôt face à une fosse entièrement creusée pour drainer et créer une réserve significative d'eau ? » La géomorphologie [étude des couches et des sédiments qui les composent], l'analyse du pollen et la carpologie [étude des graines] permettront de reconstituer le puzzle suite au chantier.

Monde des vivants et monde des morts

Quarante-huit sépultures ont été découvertes à différents emplacements du chantier. Simon Sedlbauer explique leur enchevêtrement : « Sur le cadastre napoléonien de 1840 figure l'emprise de la ferme, bordée au sud par l'église médiévale entourée de son cimetière. Hors, certaines des fosses mises au jour se situent sous les fondations de la ferme, pointe l'archéologue, elles sont donc antérieures à 1840 et datent peut-être de la même époque que l'habitat observé sur le chantier. Plus tard le cimetière s'est rétracté et une partie des tombes était dans l'oubli. »

Éloïse Ligier, anthropologue, apporte son concours sur les fouilles. « Dans la phase d'études, les squelettes permettront de déterminer l'âge au décès, le sexe, le type de population, des pathologies...  détaille-t-elle. On pourra recouper des informations pour reconstituer l'ossature d'un même individu.  » Les os, qui portent la trace du vécu des personnes, apparaissent ainsi aux scientifiques comme un véritable instantané d'une population à une période donnée. « Cet espace funéraire qui côtoie l'habitat permet le lien entre le monde des vivants et celui des morts » apprécie Simon Sedlbauer.

 

Les fouilles ont tout d'abord été menées sous la direction de Marianne Escoffier, puis sous la direction de Simon Sedlbauer, archéologues au Pôle d'archéologie préventive de Metz Métropole. Elles ont été prescrites par la Direction Régionale des Affaires Culturelles Grand Est, en amont de la construction de logements destinés aux séniors par la commune de Peltre.

 

Dernière mise à jour : 20/01/2020

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