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Découvez l'interview de la nouvelle directrice du Centre Pompidou-Metz !

Chiara Parisi vient de prendre ses fonctions à la tête du Centre Pompidou-Metz. L'historienne de l'art formée à la Villa Médicis qui succède à Emma Lavigne a notamment dirigé le Centre international d'art et du paysage de l'île de Vassivière et la Monnaie de Paris.

Quelle est votre vision de la décentralisation culturelle ?

Pour un directeur d’institution, la décentralisation culturelle c’est avant tout une action.

Et, à 30 ans, j'ai choisi de rejoindre la vision française en faveur d’une politique culturelle décentralisée, impulsée dans les années 80.

Avec ce désir, en 2004 je quitte Rome – la Villa Médicis et l’enseignement universitaire – et pendant sept ans à la tête du Centre international d’art et du paysage de l’île de Vassivière, je mets en place une programmation artistique d’envergure internationale tout en l’ancrant dans un territoire local et rural. Sur le plateau des Millevaches, dans la Creuse, le Ministère de la Culture et la Région Limousin avaient construit un Centre d’art avec un parc de sculptures entouré d’un lac artificiel, lequel émergea suite à la construction d’un barrage EDF.

Sur l’île sont nées des expositions d’artistes confirmés mais aussi d’une génération plus jeune, toutes profondément ancrées dans les lieux, grâce également à la force libératoire donnée par le parc de sculptures.

L’idée que l’on peut naître en région et avoir un souffle universel m’est une évidence, sans doute de par mon origine italienne, et par le lien avec des artistes pour lesquels j’ai beaucoup d’estime, comme Maurizio Cattelan, né à Padoue, est l’un des artistes les plus importants dans le monde.

 

 

 

 

Quelles sont les lignes de force de votre projet artistique pour le public messin ?

En tant qu’historienne de l’art, je suis sensible au passé et à la continuité.

Cela signifie en premier lieu que ce qui a été bâti par les directeurs précédents, avec nos partenaires, a donné vie à un lieu fort, nourri d’un côté, de la vision qui a présidé à la création du Centre Pompidou en 1977, celle d’une collection aujourd’hui la plus importante au monde, et de l’autre, par une ville et un territoire vivants.

Pour autant, les musées ont changé et évoluent constamment sur tous les continents. Différents modèles émergent aujourd’hui, entre lieu de vie, de culture, d’apprentissage, de contemplation et de méditation. Je suis heureuse de consacrer toute mon énergie à ce que le Centre Pompidou-Metz soit tout cela à la fois. Avant tout un lieu que l'on fréquente pour voir les expositions, vivre des événements mais aussi pour se promener, prendre un café, revoir une œuvre, converser avec des amis comme dans une piazza italienne, expérimenter un atelier pédagogique, en savoir plus sur ce qui se passe à proximité de Metz ou bien plus loin.

Aujourd’hui, mon souhait est de pérenniser et fortifier la place du Centre Pompidou-Metz, qui fêtera en mai ses 10 ans. Grande réussite en région qui participe à l’éternel renouveau d’un territoire, ce musée est devenu une destination culturelle de première importance, et j’ai à cœur d’amplifier son rayonnement et celui de la métropole notamment à l’international avec une programmation et une action pédagogique envers les publics, dans et hors les murs.

 

 

 

 

À quel travail artistique êtes-vous particulièrement sensible ? Des œuvres de prédilection ?

Si la force de l’institution est précisément d’être en mesure de renouveler la présentation des œuvres de la collection d’art moderne et contemporain, et ainsi, la création d’expositions temporaires de grandes signatures, voire des découvertes, ma formation et mon expérience m’ont toujours conduite à mettre en avant l’idée que l’art contemporain se nourrit de la grande tradition muséale et qu’il n’y a pas de période ou de médium privilégiés. Avant tout, l’œuvre doit s’adresser à nos besoins et anticiper des tendances.

Les maîtres anciens comme Artemisia Gentileschi, Arcimboldo ou Le Greco sont des artistes aussi contemporains que Magritte, Frida Khalo ou Duchamp. Évidemment, une programmation muséale est tenue par une personne et par une équipe, elle est « écrite » avec une sensibilité comme l’écriture d’un livre ou d’un film…

Si je lis un poème ou que je rencontre une personne, je pense : « Je veux en faire une exposition ! Il faut que j’en parle à l’équipe ».

J’aime aussi les dialogues, les conversations, surtout celles qui n’ont pas eu lieu, comme entre des artistes qui auraient pu se rencontrer, qui ont vécu au même moment et qui ont représenté beaucoup pour une ville, mais que la vie n’a pas réunis…

 

 

 

 

Imaginez-vous des passerelles entre les propositions artistiques du Centre Pompidou-Metz et celles des autres équipements culturels du territoire ?

J’aime l’événementiel avec son caractère éphémère qui laisse des souvenirs pour la vie et le monumental mais aussi à l’extrême opposé, j’aime l’intimité de la poésie.

Tous ces aspects sont très présents dans la métropole et les interlocuteurs dans la ville sont un challenge intéressant pour nous.

La diversité offerte par la métropole rend la ville particulièrement propice à une vision transversale, ce qui permet le travail commun avec les différentes populations, les rendant actrices d’un lieu collectif, au sein du territoire. Nos équipements doivent toujours être pensés en termes de rayonnement territorial, y compris dans des zones rurales éloignées de Metz. C’est l’un des sujets sur lesquels je travaillerai avec l’équipe. Le travail d’action et de médiation continuera de s’orienter vers les milieux associatifs et culturels en multipliant les échanges avec la communauté du Grand Est et notamment la communauté universitaire.

En outre, les passerelles déjà établies avec les institutions culturelles messines ainsi que les institutions de la Grande Région seront consolidées et développées.

J’ai connu Metz, et la métropole, il y a presque 10 ans, lorsque je fus invitée à participer à la Nuit Blanche. Cela a été une découverte : la beauté de cette ville avec ses origines gallo-romaines, ses différentes histoires de conquêtes et de résistances qui ont donné lieu à des chefs-d’œuvre patrimoniaux.

Metz est une ville où en passant d’une rue à une autre l'on fait des sauts à travers les siècles, des sauts de vies. C’est évidemment très différent de Rome mais la sensation de vivre dans un lieu constitué de strates temporelles m’y ramène étrangement et avec force.

Metz est une ville où l’on est heureux d’habiter et, je le sens tous les jours au Centre Pompidou-Metz et avec les équipes, c’est l’établissement le plus beau et le plus heureux que je connaisse.

 

 

Dernière mise à jour : 20/01/2020

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